u l t r a l e o n . c o m
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Manifeste du coureur d'ultra

Le coureur d’ultra a sa manière bien particulière de traverser les espaces, d’y tourner en rond,

de s’y arreter, d’y dormir, d’y révasser, d’y souffrir, parfois d’y souffler et de s’y perdre, de

s’y trouver et se retrouver.

Le paysage, quant à lui, élevé au rang de décors de l’exploit, ne garde qu’une trace fugace du coureur d’ultra, un phénomène périodique et vibratoire, un déplacement harmonique.
Ici tout est affaire de durée, l’ère du déplacement hors d’échelle, comme une couche géologique qui se dépose lentement, par strate, en éléments de granulométrie variable, du sable qui se dépose et qui est de nouveau brassé, du temps de suspension puis encore le dépot, un repos.

Le déplacement est un vecteur qui se calcul depuis le point A, la ligne de départ, vers le point B, l’arrivée. Considérant que la trajectoire empruntée relie des points intermédiaires remarquables, produit de l’érosion, de l’accumulation éolienne, de la transformation de minéraux en végétaux, le coureur d’ultra n’a pas de droit à l’indifference. Il collecte tout au long de sa translation des informations géographiques, historiques, esthétiques, humaines. Il est de son devoir de restituer l’ensemble de ces données et de les organiser.

Le coureur d’ultra ne doit pas se poser la question de pourquoi il cours, c’est un fait, une évidence, il s’agit de son mode privilégié de déplacement. Mais il doit comprendre le rapport qu’il entretient à l’environnement de sa trajectoire.

Courir sans connaître l’histoire des routes et chemins n’est pas courir.

Courir sans savoir calculer l’arc de méridien qu’il emprunte n’est pas courir.

Courir sans apréhender le rappor au corps humain de Léonard de Vinci et de Francis Bacon n’est pas courir.

Courir sans imaginer le rapport au paysage de Peter Greenaway et d’Antonioni n’est pas courir.

Le paysage révèle l’empreinte de l’homme. Sa structure renvoie implacablement à la vanité du coureur d’ultra. Le paysage, espace social, grouille d’artefacts, de traces artisanales, de vies suspendues à sa générosité et à son intransigence. Derrière cet environnement exploité se cache un monde qui n’a que faire de cette organisation. Un monde minéral, végétal et animal qui répond à ses propres règles, ses propres temps, sans autre nécessité que celle d’être.
Le coureur d’ultra n’appartient à aucun de ces deux mondes, aucun des ces deux paysages. Il les traverse, se laisse traverser par eux.

La douleur provoquée par la course d’ultra est une illusion pour empêcher l’homme de découvrir ce qui se passe au delà de la ligne d’horizon. Il ne s’agit que d’une simple information qui vise à contenir le coureur d’ultra dans son état origine, celui d’homme mécanique. Le coureur d’ultra n’est pourtant plus fait de chair et de sang, il s’est hissé à l’état de vecteur, c’est un capteur d’images, une vitesse, un acumulateur de sons de lumières, d’odeurs.

Son mouvement s’étend bien au delà de l’instant ou sa course se termine. Ce qui apparaît comme l’accomplissement de l’épreuve physique, comme une limite dans le temps, n’est en réalité que l’introduction d’une oeuvre bien plus vaste.

Le coureur d’ultra le restera jusqu’à sa propre fin, quand bien même son corps ne le porterait plus suffisament.

La course d’ultra n’est pas une pratique mais un état permanent qui doit être révélé au monde par tous les moyens possibles.

Le mouvement dans le paysage se propose d’être un courant permanent, dont l’objectif est d’élever la course d’ultra au rang de performance artistique.

Ultrafond : toute course à pied dépassant la distance mythique du marathon. 

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